Obligations légales de débroussaillement (OLD) : le guide complet
Qui doit débroussailler, où, sur quelle distance, chez qui, qui paie, quelles sanctions, ce qui change à la vente : les OLD expliquées article par article, et ce qu'elles impliquent pour un bois.

Les étés plus chauds et plus secs ont étendu le risque d’incendie bien au-delà du pourtour méditerranéen : en 2022, de grands feux ont touché la Gironde, les monts d’Arrée en Bretagne, le Jura et le Baugeois en Maine-et-Loire. Pour protéger les habitations et faciliter le travail des pompiers, la loi impose de débroussailler autour des constructions situées dans les bois exposés ou à proximité. Ce sont les obligations légales de débroussaillement, ou OLD.
La loi du 10 juillet 2023 les a renforcées, et deux décrets et un arrêté du 29 mars 2024 en ont précisé l’application. Voici les règles, article par article, et ce qu’elles impliquent pour un propriétaire de maison comme pour un propriétaire de bois.
Débroussailler : de quoi parle-t-on ?
Le code forestier (article L131-10) définit le débroussaillement comme l’ensemble des opérations qui réduisent la quantité de végétation pouvant brûler et rompent sa continuité, pour diminuer l’intensité et la propagation d’un feu. Un bon débroussaillement crée des discontinuités :
- entre la végétation basse (herbes, broussailles) et la végétation haute (arbustes, arbres), pour qu’un feu au sol ne monte pas dans les cimes ;
- entre les végétaux de même hauteur, pour qu’il ne passe pas d’un arbre à l’autre ;
- entre la végétation et les bâtiments.
Concrètement : couper les broussailles et les herbes sèches, espacer les arbres et les arbustes conservés, élaguer le bas des arbres maintenus, dégager les abords des façades et des toitures, et évacuer les résidus de coupe. Débroussailler n’est pas raser : une zone bien traitée garde des arbres, simplement plus espacés et plus sains.
Qui est concerné ?
Les territoires
Les OLD s’appliquent dans les bois et forêts classés à risque d’incendie et dans les territoires réputés particulièrement exposés, ainsi que dans une bande de 200 mètres autour de ces massifs (articles L132-1, L133-1 et L134-6 du code forestier). Les massifs classés sont fixés par arrêté ; le dernier arrêté ministériel date du 6 février 2024. En 2023, 46 départements étaient concernés, bien au-delà du Sud-Est.
Pour savoir si votre terrain l’est, consultez le zonage informatif des OLD sur Géoportail (IGN), puis vérifiez auprès de votre mairie : le plan local d’urbanisme doit désormais indiquer les secteurs concernés (article L131-16-1). Hors de ces zones, aucune obligation ne s’applique, mais débroussailler reste conseillé si votre maison touche un bois.
Les constructions et installations
L’obligation ne vise pas seulement les maisons. Elle concerne toute construction, tout chantier et toute installation : dépendances, piscines, ateliers, hangars, citernes de gaz, aires de stationnement, campings, terrains de sport, parcs photovoltaïques, transformateurs, antennes, caravanes installées durablement…
Le propriétaire, pas le locataire
L’obligation pèse sur le propriétaire de la construction (article L134-8). Un bail peut confier les travaux au locataire, mais le propriétaire reste responsable devant la loi, sauf bail emphytéotique.
Où et sur quelle distance ?
| Situation | Ce qu’il faut débroussailler |
|---|---|
| Hors zone urbaine | 50 m autour des constructions, même au-delà de votre terrain ; jusqu’à 100 m si le maire le décide ou si un plan de prévention des risques d’incendie de forêt le prévoit |
| Voies privées d’accès | 10 m de part et d’autre de la voie (la largeur peut varier selon l’arrêté préfectoral) |
| Zone urbaine d’un PLU | la totalité du terrain, bâti ou non |
| ZAC, lotissements, associations foncières urbaines | la totalité du terrain |
Les modalités techniques (distance entre les cimes des arbres conservés, hauteur d’élagage, traitement des haies) sont fixées par un arrêté préfectoral propre à chaque département, dans le cadre commun défini par l’arrêté interministériel du 29 mars 2024. Elles varient donc d’un département à l’autre. À titre d’exemple, l’arrêté du Var impose de maintenir au moins 3 mètres entre les houppiers, d’élaguer les arbres jusqu’à 2,50 mètres de hauteur et autorise des bouquets d’arbres jusqu’à 15 mètres de diamètre entre 20 et 50 mètres des constructions. Renseignez-vous auprès de votre préfecture avant de commencer.
Les terres agricoles entretenues (cultures, prairies, vergers) ne sont pas à débroussailler ; une friche, si.
Chez le voisin : ce que dit la loi
C’est le point qui surprend le plus. Lorsque les 50 mètres autour de votre construction débordent sur le terrain d’un voisin, c’est à vous de débroussailler chez lui, et à vos frais (article L131-12 du code forestier). La logique est simple : le débroussaillement protège votre maison, et le voisin n’a pas choisi que l’on construise près de son bois.
- Le voisin ne peut pas s’opposer aux travaux. Vous devez lui demander l’autorisation d’accéder à son terrain ; son accord vaut pour trois ans.
- S’il refuse l’accès, l’obligation de débroussailler passe à sa charge.
- Si vous ne parvenez pas à l’identifier, la mairie et le service du cadastre peuvent vous aider.
Quand les obligations se superposent
Deux maisons proches l’une de l’autre ont souvent des zones de 50 mètres qui se chevauchent. L’article L131-13 tranche : sur une parcelle où le propriétaire est lui-même soumis à l’obligation, c’est lui qui débroussaille. Sur une parcelle dont le propriétaire n’est pas soumis, chacun débroussaille la partie la plus proche de sa propre construction. Dans la pratique, la zone commune protège les deux maisons : mieux vaut s’entendre et partager les frais.
Quand et comment faire les travaux
- Le débroussaillement est permanent : il faut maintenir le terrain en état débroussaillé, ce qui suppose un entretien régulier, souvent annuel pour les herbes et les broussailles.
- Les abattages et élagages se font de préférence de novembre à mars, hors période de risque et hors période de nidification. Les herbes peuvent être coupées toute l’année, avec un passage avant l’été.
- En été, l’usage d’engins pouvant provoquer des étincelles est souvent restreint par arrêté préfectoral.
- Les abattages nécessaires aux OLD sont dispensés de déclaration préalable (décret du 29 mars 2024). Les règles de protection des espèces et des sites restent applicables.
- Les résidus doivent être broyés, compostés ou évacués. Le brûlage des déchets verts est en principe interdit ; certains départements le tolèrent pour les résidus d’OLD, sous conditions et en dehors des périodes à risque. Le bois de diamètre suffisant peut, lui, être valorisé.
- Près des réseaux (lignes électriques, gaz), tout travail doit être déclaré au préalable auprès des exploitants.
Vente et location : ce qui a changé
Depuis la loi du 10 juillet 2023, les OLD comptent lors d’une transaction :
- La vente est conditionnée au respect des OLD (article L134-16 du code forestier). Le vendeur atteste sur l’honneur qu’il est à jour, et cette attestation est annexée à la promesse de vente et à l’acte authentique (article D134-7). Une attestation inexacte expose le vendeur à une remise en cause de la vente ou du prix.
- L’information de l’acheteur et du locataire est renforcée : depuis le 1er janvier 2025, l’annonce doit mentionner que le bien est soumis aux OLD, et l’état des risques doit inclure la fiche d’information correspondante, disponible sur Géorisques (article L125-5 du code de l’environnement).
- Lors de la signature ou du renouvellement d’un bail, le locataire doit être informé de l’obligation.
Vous vendez une maison près d’un bois ? Faites le point bien avant la promesse : identifier la zone, obtenir l’accord des voisins et réaliser les travaux prend souvent plusieurs semaines.
Contrôles et sanctions
| Ce qui peut arriver | Fondement |
|---|---|
| Contravention de 5e classe : jusqu’à 1 500 €, 3 000 € en récidive | article R163-3 du code forestier |
| Mise en demeure du maire ou du préfet, avec un délai pour faire les travaux | article L135-2 du code forestier |
| Puis amende administrative jusqu’à 50 € par mètre carré soumis à l’obligation | article L135-2 du code forestier |
| Travaux réalisés d’office par la commune, aux frais du propriétaire | article L134-9 du code forestier |
| En cas d’incendie, franchise d’assurance supplémentaire jusqu’à 5 000 € | article L122-8 du code des assurances |
Les communes peuvent aussi réaliser les travaux à la demande des propriétaires et se faire rembourser (article L131-14), et les agents chargés du contrôle disposent désormais d’une procédure simplifiée pour accéder aux terrains clos.
Ce que cela change pour un propriétaire de bois
Si vous possédez un bois en bordure de maisons, les OLD de vos voisins s’appliquent sur votre terrain : des entreprises mandatées par eux viendront couper chez vous, parfois chaque année, sur une bande de 50 mètres. Quelques conseils :
- Demandez à être consulté avant les travaux et à marquer avec l’entreprise les arbres à conserver : un chêne de qualité, un semencier ou un arbre remarquable peuvent souvent être gardés, en élaguant leur bas et en dégageant leurs abords.
- Le bois coupé sur votre terrain vous appartient. Sur une bande de 50 mètres de long en lisière, il peut représenter une vraie valeur.
- Intégrez la lisière dans votre gestion. Une lisière feuillue, étagée et bien entretenue brûle moins et protège mieux qu’un rideau de résineux dense. Votre plan simple de gestion peut le prévoir.
- N’attendez pas le refus d’accès : refuser fait passer l’obligation à votre charge.
Notre approche : un chantier commun plutôt que des interventions au coup par coup
Lorsque plusieurs maisons bordent le même bois, chacune fait souvent appel à sa propre entreprise, à des moments différents, sans cohérence d’ensemble, et le bois coupé est broyé sur place. C’est cher pour les habitants et pénalisant pour le propriétaire forestier.
Comme pour l’entretien des abords des routes et des lignes électriques, nous pensons que la réponse est forestière et collective :
- Cartographier les zones à débroussailler, les superpositions et les propriétaires concernés, avec la commune.
- Réunir les propriétaires de maisons et de bois d’un même secteur autour d’un seul projet.
- Marquer les arbres à couper et à conserver, pour une lisière à la fois sûre, belle et productive.
- Confier les travaux à une entreprise locale, en une seule fois, sur tout le secteur.
- Valoriser le bois de diamètre suffisant, en bois de chauffage ou en plaquettes : sa vente réduit le coût du chantier.
Ensuite, le maintien en état débroussaillé coûte beaucoup moins cher, puisque la végétation a été conduite et non simplement rasée. C’est l’esprit de Sylvaligne, la méthode que nous appliquons depuis 2016 aux abords des réseaux, avec près de 250 chantiers groupés et plus de 5 000 propriétaires associés.
Vous êtes élu d’une commune soumise aux OLD, gestionnaire d’infrastructure ou propriétaire d’un bois voisin de maisons : présentez-nous votre situation. Nous étudions le secteur et vous disons si un chantier commun est possible.
Références : code forestier, articles L131-10 à L131-16-1, L132-1, L133-1, L134-6 à L134-16, L135-2, R163-3 et D134-7 ; loi n° 2023-580 du 10 juillet 2023 ; décrets et arrêté du 29 mars 2024 ; arrêté du 6 février 2024 ; code de l’environnement, article L125-5 ; code des assurances, article L122-8. Les modalités techniques dépendent de l’arrêté préfectoral de chaque département.


